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Les risques bancaires en 2017 : où en sont les grands groupes français ?

romain-rouphael

Un article de Marc SALVAT, Diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris, Marc Salvat a été Responsable d’équipes Maîtrise d’ouvrage Marchés de capitaux, Responsable MO/BO puis COO au sein de plusieurs grandes banques de marché. Il est co-auteur de l’ouvrage « L’essentiel des marchés financiers » et auteur de « l’essentiel du postmarché » publiés par FIRST FINANCE. Aujourd’hui, il collabore étroitement avec FIRST FINANCE notamment sur les projets de certification.

Marc SALVAT anime l’Executive MOOC « CULTURE RISQUES BANCAIRES ».

 

 

Découvrez le programme

 

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La Banque de France publie tous les ans une étude sur les grands groupes bancaires français.

C’est une mine d’information qui permet de se faire une idée de la situation de ces entreprises en matière de risques.

Nous allons ainsi détailler les résultats dans cet article, en partant des données fournies et en essayant de les éclairer un peu.

 

Les banques concernées par l’étude sont : BNP Paribas (BNPP), Société Générale (SG), le Groupe Crédit Agricole (GCA), le Groupe BPCE (GBPCE), le Groupe Crédit Mutuel (GCM) et La Banque Postale (LBP).

 

Avant de rentrer dans le détail des risques il faut noter quelques grands chiffres intéressants :

Le PNB (Produit Net Bancaire) a reculé de 0,3% en 2016 par rapport à 2015 à 145,4 mds d’Euros mais le coût du risque a baissé de 20% à 10,3 mds d’euros et en parallèle le résultat net part du groupe a progressé de 3% à 24,3 mds d’euros  et le ROE (Return On Equity ou rendement des fonds propres) est de 6,5%.

 

Si l’on détaille le PNB par activité on s’aperçoit que :

  • La banque de détail en France représente 43,8% du total
  • La banque de détail à l’étranger 13,3%
  • Les financements spécialisés 8,9%
  • La gestion d’actif 14%
  • La banque de financement et d’investissement 18,9%
  • Les autres activités sont marginales et représentent le solde soit 1,1%

 

La marge d’intérêt représente la moitié du PNB, les commissions un quart et les autres revenus le quart restant.

Ces chiffres montrent que les banques françaises sont plutôt dans le haut du classement des banques européennes et mondiales. Les seules banques présentant un ROE supérieur étant les banques américaines avec un ratio proche de 8%.

Ce tableau rapide permet donc de relativiser un discours parfois « misérabilistes » des banques et associations de banquiers. Il est clair que le marché est difficile pour les banques et que les perspectives recèlent beaucoup d’incertitudes et peu de créneaux porteurs, il n’en reste pas moins que la rentabilité reste correcte même si elle n’atteint pas les niveaux d’avant la crise (mais peut-être était-ce eux qui étaient anormaux, il faudrait aussi se poser cette question). Enfin la baisse de la sinistralité montre que la situation économique commence à se redresser offrant donc quand même des opportunités d’amélioration du résultat par simple baisse du coût du risque.

Enfin un chiffre est intéressant, le total du bilan de ces groupes bancaires qui est de  6 350 mds d’euros, à comparer à un PIB français un peu supérieur à 2 200 mds d’Euros.

 

Venons-en maintenant à l’analyse des risques bancaires.

 

Les chiffres fournis par l’étude se fondent essentiellement sur l’exigence de fonds propres des établissements concernés.

C’est une approche intéressante notamment par les différents biais que cela suppose.

En effet, l’exigence de fonds propres d’un établissement bancaire est liée aux pertes exceptionnelles. Les pertes en cycle économique normal doivent, elles, être couvertes par des provisions. Elles sont donc dans le coût du risque dont nous avons vu qu’il avait plutôt baissé.

Or l’exigence de fonds propres des banques (à iso réglementation) a crû de 3% atteignant au total pour les établissements concernés près de 174 mds d’Euros.

On se trouve donc dans un paradoxe apparent qui est que, alors que le coût du risque décroît car la situation économique s’améliore, les potentielles pertes exceptionnelles croissent.

Ce paradoxe n’est qu’apparent car il provient essentiellement du fait que la production de crédit continuant à croître, cela impacte plus les pertes exceptionnelles (qui sont indépendantes du cycle économique et correspondent à des scénarios exceptionnels) que les pertes courantes, associées à cette nouvelle production, qui sont faibles, les productions nouvelles étant associées à des clients sûrs et à des garanties importantes.

Pour revenir maintenant aux exigences de fonds propres qui sont donc censées couvrir les pertes exceptionnelles on peut constater que :

  • Le risque de crédit est ultra majoritaire il représente près de 152 mds d’Euros de fonds propres soit 87,4 % du total
  • Le risque de marché continue de baisser à environ 5 mds d’Euros soit 2,9%
  • Le risque opérationnel représente 17 mds d’Euros soit 9,8%

La hausse du risque de crédit est essentiellement liée à la hausse des volumes de crédit soit +5,6% ce qui montre que l’exposition est maîtrisée puisque l’exigence de fonds propres ne suit pas le même pourcentage de hausse. Du point de vue des volumes de crédit distribués la hausse la plus marquée est auprès des entreprises (+3,9%) et de la clientèle de détail (+5,2%).

 

Quand on compare le portefeuille de crédit des établissements français on peut constater que leur proportions d’encours à risques ou dépréciés et plus faible que la moyenne européenne. A priori leur portefeuille de crédit est donc sinon de bonne qualité du moins de meilleure qualité.

 

Du point de vue du risque de marché, l’exigence de fonds propres baisse de 9,5% d’une année sur l’autre.

Il serait un peu rapide de penser que cela provient soit d’une baisse de l’activité soit d’une meilleure couverture. Il existe aussi un effet VaR historique. En effet, une partie des risques sont calculés via une VaR historique passant les 260 dernières variations des marchés sur le portefeuille au 31/12. Or il n’y a pas eu énormément de mouvements significatifs sur les marchés ou énormément de volatilité. De ce fait les chiffres de VaR historique ont tendance à être faibles, ce qui ne préjuge en rien de ce qui pourrait se passer  (c’est pour répondre à ce biais qu’il faut en plus calculer une VaR stressée mais cela ne suffit pas nécessairement).

En tout état de cause ces chiffres montrent néanmoins que les établissements français sont peu exposés aux marchés et cela combat l’idée répandue dans le public des banquiers  vils spéculateurs !

Enfin le risque opérationnel reste un risque majeur pour les banques. Les trois grands fournisseurs de pertes opérationnelles, si l’on peut s’exprimer ainsi, sont :

  • L’exécution, la livraison et la gestion des processus
  • Les clients, produits et pratiques commerciales
  • Les fraudes externes

 

Sachant que la hausse la plus importante d’une année sur l’autre concerne les clients, produits et pratiques commerciales. Cela montre que le respect de la réglementation en matière commerciale au sens large pose encore problème et que la sédimentation des nouvelles règles est loin d’être assimilée dans les établissements.

 

Enfin, pour terminer cette revue rapide des risques il faut noter que les ratios de liquidité des banques françaises sont excellents et très au dessus des normes exigées par la réglementation (par exemple le LCR ou ratio court terme doit être d’au moins 80% alors qu’il est de 130%).

En conclusion, les chiffres publiés montrent un secteur bancaire français solide sans grande faiblesse apparente. Comme toutes les autres banques, leur rentabilité est atteinte par l’environnement de taux très bas sans que cela touche plus les banques françaises que les autres. Evidemment, si la remontée des taux leur serait profitable, une remontée très brutale en revanche pourrait leur poser des problèmes d’ajustement de leur gestion actif passif.

Enfin, les banques françaises sont plus menacées par les éventuelles évolutions de la réglementation en matière de risque de crédit. Le fait, d’une part qu’elles distribuent beaucoup de crédit à taux fixe et, d’autre part, qu’elles s’intéressent au moins autant à la solvabilité de l’emprunteur qu’aux garanties apportées par celui-ci, les met en risque si les propositions actuelles du comité de Bâle étaient retenues (ce qui est loin d’être le cas).

Ceci mis à part, il n’y a pas de faiblesse majeures dans les principaux groupes bancaires français surtout si on le compare à celui d’autres grands pays européens comme l’Italie et l’Espagne voire même l’Allemagne.

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