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La remontée des taux d'intérêt

E_Maina

Un article d’Eric MAINA, Ingénieur Pédagogique chez FIRST FINANCE. Éric Maina a consacré 13 ans à la gestion obligataire et monétaire au sein du groupe des MMA. En parallèle, il a enseigné auprès de Grandes Écoles et Universités. Il est l’auteur du livre La Gestion Obligataire publié à la Revue Banque Éditeur en 2005. Il anime, entre autres, la formation Gestion monétaire et obligataire.


 

L’élection de Donald Trump sonne-t-elle le glas des taux négatifs ?

Depuis quelques semaines, on assiste à une remontée progressive des taux d’intérêt au niveau international. Le taux à 10 ans du Bund allemand est ainsi passé de -0.2 % au plus bas à + 0.30% avec une accélération fulgurante depuis l’annonce de l’élection de Donald Trump. Interrogeons-nous sur les raisons de ce mouvement et sa durabilité. L’effet Trump va-t-il faire exploser la bulle obligataire ?

 

Pour commencer comment en est-on arrivé à cette situation de taux négatifs ?

Emprunter à un taux négatif revient à recevoir des intérêts sur une certaine somme au lieu d’en payer au fil de l’eau. On peut se demander quel investisseur serait assez bête pour accepter de perdre de l’argent en prêtant. Il faut pour cela en effet que les conditions de marché et que l’environnement soient très particuliers.

 

Les facteurs sont de plusieurs ordres :

 

  • La réglementation :

La réglementation (Bâle 3 pour les banques ou Solvency 2 pour les assureurs) permet à ces entités de faire des économies majeures de fonds propres en prêtant à des Etats bien notés ; elles sont donc à la recherche de ces titres et peuvent accepter une perte de revenu, en contrepartie d’une économie sur le coût des fonds propres qu’il aurait été nécessaire de mobiliser pour un emprunteur moins bien noté.

A cela s’ajoutent les contraintes en matière de détention de titres aisément réalisables (ratios de liquidité).

  • Les Banques Centrales :

La BCE et la BNS proposent aux banques une « rémunération » des fonds qui sont laissés sur leur compte à un taux négatif (-0.40% pour la facilité de dépôt BCE par exemple)

Les Banques ont le choix : soit laisser des fonds sur le compte de la BCE et perdre 0.4%, soit prêter à des Etats bien notés sur des taux un peu moins négatifs avec un risque sensiblement équivalent.

  • Le risque bancaire :

Au lieu de prêter à des taux négatifs, on peut se dire que laisser son argent dormir sur un compte bancaire ne rapporte rien, certes, mais au moins ne génère pas de perte …

Oui, sauf en cas de défaut de la banque. Or, l’exemple récent de Chypre nous a rappelé que le déposant est un créditeur privé de la banque et qu’en tant que tel il peut être privé de son capital au-dessus des 100 000 Euros garantis par la réglementation européenne.

En effet, d’une situation où le bail out prévalait (les banques sont sauvées par les Etats), 2013 a vu l’émergence d’une nouvelle réglementation au niveau européen ; aujourd’hui, en cas de faillite bancaire, ce devrait être les créanciers privés au premier rang desquels les déposants qui subissent les pertes en premier lieu (bail in).

 

Y a-t-il une limite technique à la baisse des taux en territoire négatif ?

Les investisseurs et les traders se sont habitués à des gains faciles sur les obligations. La baisse des taux engendre en effet mécaniquement des gains en capitaux, et ce d’autant plus que l’échéance est lointaine. Ce mécanisme est aussi valable pour des taux négatifs. Il n’y a donc, en théorie, pas de limite technique à la baisse des taux en territoire négatif.

 

Alors, pourquoi cette hausse récente des taux obligataires ?

  • L’évolution de l’inflation à la hausse aux Etats Unis et en Europe commence à refroidir les ardeurs des spéculateurs et à alimenter les rumeurs d’un arrêt anticipé du programme de Quantitative Easing de la BCE en dépit des démentis de Monsieur Draghi.
  • La poursuite d’un relèvement de son taux directeur par la Fed parait aujourd’hui acquise même si le timing est plus incertain. Ceci devrait avoir une influence sur les taux longs US, et donc européens, car ces taux sont très corrélés sur la partie longue de la courbe.
  • Par ailleurs et surtout, une part de plus en plus importante des observateurs commence à se demander si, la stimulation monétaire commençant à montrer ses limites, le relais ne pourrait pas être  pris par la stimulation budgétaire de l’activité.

 

L’élection de Donald Trump aux Etats Unis, avec son énorme programme d’investissements publics, ne pouvait donc que donner un élan supplémentaire et peut-être décisif à cette tendance à la hausse des taux.

 

Peut-être ne reverra-t-on donc plus jamais un taux du Bund allemand à dix ans à -0.2%…

 

Eric MAINA

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