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Marché des Changes : décryptage d'un Flash Crash

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Un article de Fabrice GUEZ, référent pédagogique Capital Markets chez FIRST FINANCE. Il a été responsable de desks FX et Fixed Income.

Les opérateurs qui connaissent bien le marché du change savent que ce marché est ouvert en continu 24 heures sur 24 et 5 jours sur 7.

 

Ils connaissent bien également cette période de la journée de très fine liquidité qui se situe après la clôture du marché de New York et juste avant l’ouverture des marchés asiatiques. C’est le moment où seules la Nouvelle Zélande et l’Australie sont opérantes, il y a quelques rares lève-tôt asiatiques et en définitive très peu de volume traité pendant cette période. 

 

Vendredi 7 Octobre, alors que la parité GBP/USD cotait autour de 1,2600, le marché du Pound est devenu pendant deux minutes complètement chaotique avec un plongeon de la livre de près de 7% (mouvement supérieur à celui qui suivit le Brexit), qui a conduit la livre sterling à un plus bas de 31 ans à un niveau de 1,1841 $. Certaines plateformes de trading ont même « printé » des niveaux inférieurs à 1,1500.

 

Si la devise devait revenir à un niveau plus raisonnable de 1,2400 au bout de deux minutes, ce niveau était quand même toujours près de 2% en dessous de ce qui était coté avant ces deux minutes de folie.

 

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Ce type de plongeon exceptionnel et très ponctuel est usuellement appelé Flash Crash. C’est le type de mouvement que l’on peut s’attendre à voir sur des devises émergentes mais sûrement pas sur la quatrième devise du monde, qui représente un montant de 500 milliards de mouvements quotidiens.

 

Depuis 2010, Flash Crash est le nom donné à une chute importante du cours d’un instrument sur une période de temps extrêmement courte, qui est usuellement la conséquence de transactions réalisées par des algorithmes. On situe la première occurrence au 6 mai 2010 lorsqu’un ordre de 4,1 milliards de dollars sur le NYSE a donné lieu à une perte de 1 000 points du Dow Jones. Ce mouvement a eu lieu sur un marché organisé sur lequel toutes les transactions sont enregistrées et documentées. Le mouvement du marché des changes a lieu, lui, sur un marché de gré à gré, donc forcément plus difficile à suivre et où les mouvements sont forcément plus opaques. Ainsi, il est assez probable qu’on ne saura jamais ce qui s’est passé.

 

Alors jouons les Sherlocks et essayons de comprendre ce qui a pu se passer dans le nuit du 6 ou 7 octobre.

 

Les explications habituellement avancées pour ce genre de mouvement tournent autour du même coupable : le marché électronique et en particulier autour du syndrome du « Fat Finger ». Un Fat Finger est une erreur de saisie sur les marchés financiers correspondant à un ordre d’achat ou de vente placé pour une taille beaucoup plus grande que prévue. C’est simple, un trader veut vendre 4 millions de GBP et paf, il en vend 4 milliards. C’est embêtant, surtout sur une période de faible liquidité et ça peut déclencher des ordres limites, c’est-à-dire des ordres cachés dans la machine et qui se déclenchent à l’atteinte de certains niveaux. On peut remarquer pourtant que si c’était le cas, ce trader aurait gagné beaucoup d’argent, car le marché a plongé et il aurait pu racheter ses devises à un cours beaucoup plus bas. Mais pour l’instant personne ne s’est dénoncé pour nous montrer son très gros doigt.

 

L’autre explication qui fût avancée était la proximité du chiffre du chômage américain, qui devait sortir un plus tard cet après-midi-là. La possibilité de fuites sur un chiffre excellent de créations d’emplois fût évoquée, mais d’une part, elle aurait difficilement justifié un tel mouvement, et d’autre part les chiffres du chômage sortis ce jour-là furent assez moyens, ce qui infirme cette théorie. 

 

La troisième explication proposée fût la concomitance de ce mouvement avec la parution d’un article dans le Financial Times où François Hollande déclarait demander un hard Brexit plutôt qu’un soft en demandant le durcissement des conditions de sortie de l’Angleterre. Malgré tout le respect que je dois à notre Président et au poids de notre pays dans la finance mondiale, je ne pense (hélas) pas qu’une telle déclaration puisse avoir une telle conséquence.

 

Alors quoi ? Et si le problème était différent ?

 

En effet, les mouvements qui ont suivi le crash ont probablement eux-mêmes donné un semblant de réponse au mystère. On peut voir que depuis ce flash crash, les marchés n’ont jamais retrouvé leur niveau précédent. Ils n’ont même jamais retrouvé les niveaux cotés lors de cette journée du 7 octobre.

 

Le marché est donc en train de réaliser au ralenti sur plusieurs jours, le mouvement réalisé en quelques secondes lors de la dégringolade du Pound. Est-ce que les marchés ont été traumatisés par ce mouvement et ne donnent aujourd’hui que peu de crédit aux mouvements de la Livre Sterling, lui octroyant quasiment un statut de devise émergente ? Est-ce que les marchés, et en particulier les chartistes, sont fascinés par le niveau incohérent du 7 octobre et œuvrent pour le retrouver ? Est-ce que ce mouvement n’est que la préfiguration d’une dégringolade accrue future des cours du GBP ? 

 

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Nous n’avons pas d’explication univoque pour le moment, mais les réponses à toutes ces questions seront données assez vite, en tout cas très probablement avant le résultat des élections américaines.

 Fabrice GUEZ

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Retrouvez toutes les formations animées par Fabrice GUEZ :

Executive MOOC Marché des changes

Change 1 : produits cash et dérivés de change, mécanismes et utilisations

Change 2 : swaps et options de change, valorisation et sensibilités

Fondamentaux des marchés financiers – Préparation au certificat CMF®

Les produits dérivés : futures, swaps et options

Produits dérivés : mécanismes, trade process et démarche de gestion des risques opérationnels

Introduction aux produits structurés

Pratique des produits structurés

Produits dérivés de taux : mécanismes et utilisations

Swaps de taux : valorisation et sensibilités

Options de taux : mécanismes, utilisations et analyse de positions en portefeuille

Produits structurés de taux : montages et utilisations

Produits structurés de matières premières : montages et utilisations

Actions 2 : mécanismes et utilisations des options et des produits structurés actions

 
 

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